illus

 

Tout comme nous, vous pensiez que les gifs (Grafics Interchange Format, prononcez “jif“) étaient d’aimables micro-animations destinées à ponctuer avec humour vos discussions instantanées ou à exprimer votre humeur sur votre page Facebook… Il est peut-être temps de revoir votre opinion…

Certes, le caractère potache de ces petits modules habituellement nourris aux lolcats, aux epics failsaux grimaces et instantanés comiques extraits de films cultes les classait jusqu’ici dans la catégorie des gadgets photo-numériques de la famille des clichés Instagram et autres délires Snapschat… Mais on peut se demander si une utilisation plus pertinente du format, en tout cas moins gratuit, ne lui permettrait pas de devenir un vecteur de contenu pertinent.

Plus vivant qu’un cliché (par définition figé), moins vorace en temps de concentration (même les populaires vine), le gif peut se concevoir comme une carte postale pop-up, un “image-effet“ directe et intense, capable de retranscrire une émotion, une intention voire un événement blitz en une poignée de secondes seulement. Et tout cela dans un mouvement perpétuel, une boucle temporelle qui le rend à la fois captivant et enivrant. Alors pourquoi le réduire à un régressif véhicule à gag ? Les raisons sont légion : la paresse propre à flatter nos bas instincts zappeurs sur le net, la machine à clic que sont indubitablement les sites de gifs…

Difficile donc de redonner ses lettres de noblesse à ce mini-support média dévalué dès sa naissance (il y a 25 ans déjà) ! Difficile mais pas impossible. Car certains ont su transcender le format pour lui donner une valeur tantôt artistique, tantôt journalistique. Bref, redonner du sens à une invention technologique qui n’avait jamais réellement trouvé sa vocation.

Preuve en est depuis 2012 avec l’événement Moving the Still : A Gif Festival organisé en ligne durant la Miami Week Art, dont vous trouverez un florilège ici ou comme en 2014 avec le Motion Photography Prize, lancé par la prestigieuse Saatchi Gallery de Londres, qui consacrait les plus belles “images synthétiques“ produites par des pros de l’image (web designers, vidéastes, photographes…) autant que par des vousémoi. Le résultat, à la fois expérimental et onirique, parfois à la frontière du trip hallucinatoire, est visible ici.

Et pour mieux enfoncer le clou de la quête de sens du gif galvaudé et malaimé, quelques photojournalistes se sont même prêtés à l’exercice, histoire d’exploiter au maximum les possibilités narratives et picturales du support. Exemple avec Adrien Selbert, photographe qui a rapporté de territoires de guerres, pour des médias tels Le Monde, Libé ou Wired, de sublimes clichés mais aussi des gifs inspirés (à voir ici) qui font revivre des instants capturés par des images pas si arrêtées que cela. Comme pour nous dire que si ces photographies sont déjà ancrées dans une (H)histoire, qu’elles appartiennent déjà au passé, elles sont encore bien vivantes, car s’animant sous nos yeux. Et c’est exactement ce laps de temps suspendu mais mouvant, cet instantané flottant, qui change tout !

 

Laisser un commentaire